La Grande Exposition au Musée des 24 Heures du Mans

Introduction

La 1ère édition des 24 Heures du Mans ayant eu lieu en 1923, 2023 en marque le centenaire, et en fait l’une des épreuves sportives les plus anciennes, qui a été organisée de façon presque continue, hormis en période de guerre (1940-1948) et de troubles sociaux majeurs (1936). Pour célébrer cet évènement, le Musée des 24 Heures du Mans a mis les petits plats dans les grands, puisque le musée a été entièrement vidé, réorganisé et redécoré pour accueillir sur une période d’un mois plus de 80 voitures, exclusivement des autos ayant effectivement participé à la course. Outre les vainqueurs au classement général, Il y avait une vingtaine de modèles ayant marqué l’épreuve par leur caractère innovant ou spectaculaire. Le musée a ainsi fermé ses portes tout le mois de mai, pour proposer la Grande Exposition du Centenaire entre la semaine des 24 Heures et Le Mans Classic. Les 24 Heures du Mans avaient pour vocation d’encourager le progrès et l’innovation dans l’automobile, en testant et en validant ces nouveautés dans une course particulièrement difficile. On verra donc régulièrement dans cet article des nouveautés qui sont ensuite passées à la grande série. Pour plus d’informations sur l’histoire, le palmarès, les innovations et évènement, Wikipedia et le site de l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) sont de bonnes sources complémentaires.

Mes coups de coeur   

Les voitures exposées sont quasiment toutes des exemplaires uniques, et ont pour la plupart un vrai palmarès, alors ressortir des modèles ne peut évidemment qu’être très, très subjectif, mais voici mon choix…

  • La Bentley Six de 1924, presque 100 ans elle aussi…
  • Le face à face entre la minuscule Simca 5 Gordini de 1937 et l’énorme Cadillac « Le Monstre » de 1950
  • La triplette de Matra MS 670/670B, alignées comme à la parade et qui rappellent des émotions fortes
  • La BMW 3.0 CSL par Calder, représentante des Art Cars
  • La Rondeau M379 B, la victoire d’un artisan-pilote au milieu d’une armada de Porsche

Mais pour les visiteurs, il semble que les 3 favorites étaient la WM P88, la Ford GT40 et la Ferrari P4

Les chiffres

Quelques chiffres témoignent du caractère exceptionnel de la collection présentée au public, une collection qu’on ne reverra probablement jamais. L’exposition réunissait une soixantaine de voitures ayant effectivement gagné l’épreuve, représentant 70 victoires sur 90 éditions, puisque certains modèles ont gagné à plusieurs reprises. Toutes les voitures ayant remporté l’épreuve depuis 1995 étaient exposées et 28 marques étaient représentées. 18 musées et 17 collectionneurs privés, venus de 10 pays ont contribué à cette exposition. Sans trop de surprise, le contingent allemand est le plus important, avec 32 voitures, dont 16 Porsche et 13 Audi. Notons à ce sujet les contributions d’Audi présent avec pas moins de 12 voitures en provenance du Musée Audi d’Ingolstadt et de Porsche qui a délégué 9 voitures de son musée de Stuttgart. Il y a aussi 17 voitures françaises, de 1925 à 2009, pour seulement 9 italiennes mais déjà japonaises. Le Musée avait accueilli plus de 35 000 visiteurs pour l’exposition à l’issue du weekend des 24 Heures, et en escompte environ 55 000 au total, notamment avec le weekend du Mans Classic qui clôturera cette Grande Exposition du Centenaire.

La Grande Exposition

Devant le musée, en mise en bouche, 2 voitures sont présentées dans sous vitrine, comme 2 miniatures, mais grandeur réelle : la Bugatti EB-110 de 1994 et la Nissan Nismo de 2015. Une fois dans le musée, la Galerie des Héros (ou Hall of Fame en bon anglais) est l’une des seules parties du musée qui n’a pas été modifiée. On plonge donc tout de suite dans l’histoire, avec les fondateurs, les constructeurs, les ingénieurs, les directeurs de course, les pilotes, toutes ces personnalités qui ont fait l’histoire des 24 Heures.

Au bout de cette galerie, les trophées : la Coupe Rudge-Whitworth (fabricant anglais de roues, son directeur en France Émile Coquille participe à la création de l’épreuve et Rudge-Whitworth en sera en quelques sorte le premier sponsor) des débuts, le trophée actuel et le monumental trophée créé pour le centenaire. Si l’original a évidemment été emporté à Maranello suite à la victoire de la Ferrari 499P en juin 2023, celui-ci est une réplique exacte par la Monnaie de Paris, même dimensions et même matériaux. La salle des miniatures, dans laquelle on trouve dans des vitrines des miniatures au 1/43ème de pratiquement toutes les autos qui ont participé à la course depuis l’origine, dans leur décoration de course.

Assez logiquement pour une rétrospective, le Musée des 24 Heures a choisi de présenter les voitures en ordre chronologique, par décennie, et nous allons donc suivre la même logique dans l’article. L’équipe du Musée des 24 Heures a fait le choix d’une décoration très sobre, avec de très grandes photos en noir et blanc, légèrement atténuées, qui recouvrent les murs. On est ainsi plongé dans l’ambiance, mais les voitures gardent la vedette. Quelques écrans projettent des images des courses, et pour chaque décennie, un panneau rappelle les évènements majeurs et innovations de la course. Pour chaque auto, une fiche technique, son palmarès et un court historique aident à la situer.

Par ailleurs, cette exposition est une collection de bijoux, et plutôt que de grands textes et de longues descriptions de leurs fiches techniques, préférence à l’image dans la suite de l’article !

1923-1929

Si le musée expose habituellement une Chenard et Walker Torpédo Sport de 1923, il s’agit en fait d’un modèle similaire à celui qui a emporté l’épreuve inaugurale, mais qui n’a pas couru l’épreuve. Or le principe était bien de n’avoir que des autos ayant participé, donc celle-ci n’y est pas !

La Bentley 3 Litres Sport, vainqueur de la seconde édition en 1924 qui trône dans la salle des miniatures, est la plus ancienne gagnante encore « en vie ». 2 autres vainqueurs de cette période, la Lorraine-Dietrich de 1926 (un modèle similaire avait déjà gagné en 1925) qui inaugure le phare antibrouillard, et la Bentley Speed Six qui clôture ce cycle Bentley de 5 victoires en gagnant en 1929 et 1930, aux mains des célèbres Bentley Boys.

La Chenard et Walker Tank de 1925 est considérée comme le premier prototype à avoir couru au Mans, avec sa ligne aérodynamique et son poids réduit. Autre innovation avec la Tracta GePhi, 1ère voiture à traction avant engagée en course.

1930-1939

Après la dernière victoire de Bentley en 1930, un autre constructeur célèbre prend le relais, Alfa Romeo remportant 4 victoires consécutives entre 1931 et 1934 avec la fameuse Alfa Romeo 8C 2300, dont 2 exemplaires sont exposés. La rouge de 1931 (Birkin-Howe) est la 1ère à dépasser la barre des 3000 km en 24 heures. La bleue de 1934 est pilotée par Luigi Chinetti et Philippe Etancelin.

Déjà vainqueur en 1932, Luigi Chinetti est un des héros du Mans. Il fera gagner Ferrari après-guerre en tant que pilote, puis comme directeur d’écurie après avoir fondé le NART (North American Racing Team). Il donne son nom à la place qui se trouve devant le Musée des 24 Heures. La Lagonda M45R met fin au règne Alfa Romeo en 1935. La Bugatti Type 50 de 1931 est la 1ère voiture de la marque à courir les 24 Heures. Bugatti gagnera en 1937 et 1939 avec son modèle Type 57 « Tank » dont on peut voir le moteur 8 cylindres en ligne.

La très belle Alfa Romeo 8C 2900 Berlinetta de 1938 se distingue par sa carrosserie fermée, très rare à l’époque où on voir surtout courir des Topédos ou des barquettes. A l’autre extrême, la minuscule Simca 5 préparée par Amédée Gordini en 1937 est la plus petite cylindrée (4 cylindres, 570 cm3) jamais engagée aux 24 Heures du Mans.

1949-1959

La guerre, puis les exigences de reconstruction suspendent la course, et on fait un bond de 10 ans pour arriver en 1949 et la 1ère victoire de Ferrari avec la 166 MM pilotée par Luigi Chinetti, seul pilote à avoir gagné Le Mans avant et après la guerre. La Ferrari 166 MM exposée a été offerte à l’ACO par Luigi Chinetti, mise dans la livrée de la gagnante. Ferrari (3 victoires) et Jaguar (5 victoires) seront les constructeurs dominants de cette décennie. 2 Jaguar Type-D, dont la voiture victorieuse en 1957, reconnaissable à leur arête dorsale, illustrent cette domination. Autre icône de l’automobile, la Mercedes 300 SL et ses fameuses ailes papillon l’emporte en 1952.

La Cadillac de 1950 était surnommée le « Monstre » du fait de sa carrosserie très particulière, à l’aérodynamique étudiée par un concepteur d’avions militaires. Placée dans l’exposition en face de la minuscule Simca 5 Gordini de 1937, ces autos montrent la variété des solutions envisagées par les participants aux 24 Heures du Mans. On retrouve Gordini avec la T30S qui gagne sa catégorie en 1954. Avec son moteur Gordini 6 cylindres en ligne de 2,5L, on est loin de la petite Simca 5 ! Quant à la Porsche 356 SL, c’est la 1ère Porsche à courir au Mans en 1951. Avec son petit 4 cylindres de 1100 cc et 50 ch, elle gagne sa catégorie et sera à l’origine d’une illustre lignée, 857 Porsche ayant couru les 24 Heures jusqu’en 2022 !

1960-1969

2 constructeurs se partageront les lauriers de cette décennie, Ferrari avec 6 victoires consécutives de 1960 à 1965, puis Ford avec 4 victoires de 1966 à 1969. Ce duel a été maintes fois raconté et illustré, notamment dans le récent film Le Mans 66. 7 voitures exposées ont été les actrices de cette bataille mémorable, dont 5 victorieuses pour 7 victoires. La Ferrari 250 P est la première Ferrari à moteur central (V12, 3L), le modèle exposé gagne en 1963 et 1964. En 1965, c’est la Ferrari 250 LM qui s’impose. Ferrari la voyait comme la remplaçant de la 250 GTO, et a essayé sans succès de l’homologuer en GT, en la présentant comme une évolution (???) de la GTO. Les prototypes officiels et les Ford GT40 ayant toutes abandonné, c’est la 250 LM engagée par le NART qui remporte la victoire, la dernière de Ferrari au Mans jusqu’en 2023. La voiture présentée, engagée par la Scuderia Filipinetti, est identique à celle du NART (hormis la décoration) et prend la 6ème place du classement général.

En 1966, c’est la Ford GT40 MKII noire qui l’emporte, puis ce sera la Ford GT40 MKIV en 1967. Les 2 sont équipées du gros V8 de 7L développant 480 chevaux. Ford ayant prouvé son fait et battu Ferrari, l’usine arrête le programme et les GT40 sont reprises par John Wyer qui les engage sous les couleurs bleu et orange de Gulf. Elles sont maintenant équipées d’un V8 de 5L développant 410 chevaux. La Ford GT40 exposée a gagné en 1968 et 1969, aux mains de Jacky Ickx en 1969 (avec Jackie Oliver) pour sa 1ère victoire au Mans. La Ferrari 330 P4 est souvent considérée comme l’une des plus belles voitures de course jamais construite. En 1967, cette 330 P4 sauve l’honneur de Ferrari en terminant sur la 3ème marche du podium.

La Ferrari 250 GTO courait en catégorie GT et a remporté sa catégorie au Mans, finissant 2ème au général en 1962. Avec une dernière enchère à 70 Millions de dollars, c’est sans doute la voiture la plus convoitée au monde. Le modèle exposé a lui terminé 6ème en 1962. La Maserati Tipo 61 Birdcage tire son surnom de son châssis multitubulaire (plus de 200 tubes d’aluminium de petit diamètre soudés entre eux) rappelant une cage à oiseaux. En 1960, cette Maserati est la plus rapide sur un tour et dépasse les 240km/h dans les Hunaudières.

Le Mans est un terrain constant d’innovations et de recherche, et dans les années 1960, 2 voitures à turbine tentent l’épreuve. Après une première participation hors classement en 1963, la Rover BRM Turbine se classe 10ème en 1965. Son Moteur à turbine développe 150 ch pour une cylindrée de 2L. Moins de succès pour la Howmet TX en 1968, qui devra abandonner, équipée d’un moteur à turbine d’hélicoptère de 3L pour 350 ch. Autre domaine de recherche avec l’aérodynamique dont plusieurs artisans, français notamment, sont les spécialistes, comme cette CD Peugeot SP66 C de 1967, avec son 4 cylindres de 1 150 cm pour 105 ch, qui lui permet d’atteindre 250 km/h dans les Hunaudières ! Faute de disposer de gros moteurs, ils jouent sur des caisses légères et profilées pour viser la victoire de classe et l’indice de performance.

1970-1979

Comme si chaque début de décennie marquait un nouveau cycle, Porsche s’impose pour la 1ère fois au général avec la légendaire 917 et son moteur 12 cylindres à plat. On retrouve les Porsche 917 K (4,5L – 580 ch) vainqueur en 1970 et Porsche 917 K (4,9L – 630 ch) vainqueur en 1971.

Le changement de règlement qui limite les moteurs à 3L de cylindrée rebat les cartes, et Matra qui ne pouvait battre les surpuissantes Porsche 917 va remporter 3 victoires d’affilée, en 1972, 1973 et 1974. Les 3 lauréates sont exposées, la Matra MS 670 de 1972, et les MS 670 B de 1973 et de 1974. Henri Pescarolo gagne les 3 éditions, avec Graham Hill en 1972. Cette victoire permet au pilote britannique d’être le seul pilote de l’histoire à avoir remporté la triple couronne après laquelle plusieurs ont couru, et courent encore : 24 Heures du Mans, Grand Prix F1 de Monaco, 500 Miles d’Indianapolis.

En 1975, revoilà John Wyer et Gulf avec la Mirage GR8 et son V8 Ford Cosworth dérivé de la F1. Jacky Ickx et Derek Bell remportent ainsi la 1ère de leurs 3 victoires communes. Porsche revient en force avec la Porsche 936 et son moteur turbo 6 cylindres à plat. La Porsche 936/77 exposée remporte l’épreuve en 1977, après l’abandon des Renault-Alpine. La marque française prend sa revanche en 1978 avec la Renault-Alpine A442 B et son V6 Turbo de 500 ch.

Développée spécifiquement pour Le Mans et sa longue ligne droite, la Porsche 917 LH (Lang Heck pour longue queue) de 1971 n’a jamais gagné, battue par les 917 K finalement plus légères et plus agiles. Mais elle reste un modèle emblématique et a établi plusieurs records. Au volant d’une 917 LH, Jackie Oliver passe pour la 1ère fois les 250 km/h de moyenne sur un tour, et frôle les 400 km/h, mesurée à 396 km/h. La Porsche 935/78 Moby Dick de 1978 est un autre modèle légendaire du constructeur de Stuttgart. La 935 est développée pour courir dans la catégorie GT, et Porsche en dérive une version spéciale pour les 24 Heures du Mans 1978. Surnommée Moby Dick comme la célèbre baleine et forte de 845 ch, elle est handicapée par sa consommation face aux 935 « classiques ». Autre légende des 24 Heures du Mans, la BMW 3.0 CSL de 1975 peinte par Calder est la 1ère de la lignée des Art Cars. Les trois aplats de couleurs rouge, jaune et bleu doivent renforcer l’impression de vitesse de la voiture.

1980-1989

En 1980, Jean Rondeau réalise un exploit unique dans l’histoire de la course. Artisan, il est le seul pilote-constructeur, sarthois de surcroit, à remporter la course au volant de sa propre voiture, la Rondeau M379 B, battant l’ogre Porsche au passage.

Mais Porsche reprend vite ses habitudes au Mans et le constructeur ressort la 936 du musée et la modernise. La Porsche 936/81 l’emporte en 1981, puis ce sera la Porsche 956 en 1982, avec le duo Ickx-Bell. Une autre 956 (non exposée) gagne en 1983, et la Porsche 956 #7 du team Joest Racing l’emporte en 1984 et 1985. Avec cette 10ème victoire au total, Porsche bat le record de 9 victoires de Ferrari. Retour des Porsche officielles en 1986 avec la Porsche 962 C, évolution de la 956.

La Porsche 962 C évolue et gagne à nouveau en 1987, avec un moteur un peu plus puissant de 640 ch. Cette 7ème victoire d’affilée est un record, Ferrari s’étant arrêtée à 6 victoires consécutives entre 1960 et 1965. La Porsche 962 C continuera de participer aux 24 Heures du Mans jusqu’en 1993. C’est Jaguar qui met fin à l’hégémonie Porsche en 1988 avec la XJR-9 LM et son V12 de 7L et 750 ch.

Ajoutons à côté des lauréates la WM P 88 de 1988, détentrice du record de vitesse au Mans. Motorisée par un V6 turbo d’origine Peugeot de 900 ch, équipée d’une carrosserie dessinée par Heuliez pour viser les hautes vitesses, elle est chronométrée à 407 km/h sur les Hunaudières. Le chiffre de 405 km/h sera retenu publiquement, Peugeot ayant utilisé ce record historique pour communiquer sur sa nouvelle berline, la Peugeot 405. Toutefois, ce record aura une conséquence majeure, la FIA décidant de limiter les vitesses en interdisant sur les circuits les lignes droites de plus de 2km. Le circuit a donc été modifié avec les 2 chicanes qui cassent la vitesse sur les Hunaudières. Ce record est donc probablement établi pour l’éternité…

1990-1999

Même si Porsche aligne encore 4 victoires, cette décennie est moins dominée par un constructeur et voir plusieurs « premières ». En 1991, triple évènement avec la 1ère victoire de Mazda avec sa 787 B, 1ère victoire d’un constructeur japonais, et 1ère victoire (et unique à ce jour) d’un moteur rotatif.

En 1992, Peugeot gagne aussi pour la 1ère fois au Mans. Yannick Dalmas fait partie du trio de pilotes de la 905 Evo victorieuse (V10 3,5L 650 ch), et il gagnera 4 fois sur cette décennie, avec 4 constructeurs différents (Peugeot, Porsche, McLaren et BMW), faisant ainsi son entrée dans la galerie des héros de la course. En 1993, la Peugeot 905 a évolué, et Peugeot réalise un triplé historique.

Encore une première en 1995, avec la victoire de la McLaren F1 GTR. Version course de la McLaren F1 conçue par Gordon Murray, et équipée d’un V12 BMW de 600 ch, la McLaren F1 GTR l’emporte devant les prototypes à la surprise générale. En 1996 et 1997, nouvelles victoires du Joest Racing avec un curieux attelage, la TWR Porsche WSC-95. Le châssis est celui d’une Jaguar XJR 14 (développé par TWR) équipé d’un moteur Porsche Flat-6 Turbo. Le même châssis gagne en 1997, mais équipé d’un moteur plus puissant. C’est logiquement cette dernière version qui est exposée. En 1997, c’est aussi la 1ère victoire de Tom Kristensen, dont on reparlera plus tard.

La Porsche 911 GT1 l’emporte en 1998, fêtant dignement les 50 ans de la marque, après avoir été battue en 1996 et 1997 par les TWR-Porsche du Joest Racing. La décennie se conclut par une autre première, avec la victoire de la BMW V12 LMR en 1999. Equipée du même V12 de 6L et 600 ch que la McLaren F1 GTR de 1995, BMW gagne au Mans pour la 1ère fois de son histoire.

2000-2009

Comment qualifier cette décennie autrement que par la décennie Audi ? Après une première tentative en 1999, Audi rentre dans le club des vainqueurs en 2000, et avec un triplé d’emblée. Audi remporte 8 victoires en 10 éditions, sans compter que la Bentley de 2003 est en réalité plutôt une Audi rebadgée, le groupe ayant décidé de mettre un coup de projecteur sur la marque britannique qui lui appartient aussi. Audi gagne, mais innove aussi dans l’esprit du Mans, notamment sur les moteurs à injection directe ou turbo diesel (même si les puristes grinceront des dents). L’Audi R8, V8 Turbo de 3,6L et 600ch, s’impose en 2000, 2001, 2002, 2004 et 2005.

Puis c’est la R10 TDI, V12 Turbodiesel de 5,5L et 780ch, qui l’emporte en 2006, 2007 et 2008. Le pilote danois Tom Kristensen marque aussi cette décennie, avec 6 victoires consécutives entre 2000 et 2005, qui s’ajoutent à sa victoire de 1997 sur Porsche. Il gagne à nouveau en 2008 sur la R10 TDI cette fois, totalisant 8 victoires et gagnant sa place au Hall of Fame. Tom Kristensen est accompagné de Emanuele Pirro et Frank Biela pour les victoires de 2000, 2001 et 2002, première fois qu’un même trio de pilotes remporte 3 victoires consécutives. Pirro et Biela étendront aussi leur palmarès durant cette décennie. Pour la Grande Exposition, les 8 Audi victorieuses durant la décennie sont présentes.

La Bentley EXP Speed 8 ramène en 2003 le constructeur britannique à la victoire, 73 ans après les Bentley Boys. En 2009, la Peugeot 908 HDI-FAP (V12 diesel turbo de 750 ch) s’impose pour clôturer la décennie, après avoir été battue par Audi en 2007 et 2008. On note aussi qu’à partir de 2000, les constructeurs gardent sur les carrosseries une partie des traces de la course. Alors que jusque-là les voitures, exposées dans les musées ou propriété de collectionneurs étaient nettoyées et réparées si nécessaire, certaines parties de la carrosserie, notamment l’avant, sont vernies pour conserver la trace de la course. Au fil des années, le phénomène s’accentue, et les gagnantes sont désormais « dans leur jus », gardant les marques de la course : empreintes, poussière, insectes, mais aussi chocs et impacts. On mesure mieux la rudesse de l’épreuve.

2010-2019

3 constructeurs vont se succéder au palmarès, avec des séries de victoires : 5 pour Audi, 3 pour Porsche et 2 pour Toyota. Audi, tout d’abord, reprend le dessus sur Peugeot en 2010 et 2011, avec l’Audi R15 TDI Plus en 2010, avec un V10, toujours turbo diesel de 5,5L, puis la R18 TDI en 2011, mais avec un V6 turbo diesel de 3,7L et 540 ch.

De 2012 à 2014, Audi engrange 3 nouveaux succès, avec cette fois l’Audi R18 E-Tron Quattro. C’est l’arrivée au Mans de la propulsion hybride thermique/électrique, et de la technologie Quattro (4 roues motrices). En combinant V6 turbo diesel et moteur électrique, l’Audi R18 E-Tron Quattro aligne 770ch, puis 820ch en 2014. En 2012, Tom Kristensen remporte sa 9ème et dernière victoire au Mans, record absolu pour un pilote, et devient définitivement Monsieur Le Mans. 2014 est la dernière victoire d’Audi à ce jour, la 13ème au total.

En effet, Porsche a fait son retour au Mans au plus haut niveau en 2014, et impose sa Porsche 919 Hybrid en 2015, 2016 et 2017. Porsche a mis au point une architecture moteur complexe, avec un petit V4 de 2L essence, 2 systèmes de récupération d’énergie et un moteur électrique, le tout développant plus de 1000 ch !

2018 marque un évènement majeur de l’histoire des 24 Heures du Mans. Avec sa Toyota TS050 HYBRID, le constructeur japonais remporte enfin l’épreuve mythique pour sa vingtième participation, 33 ans après sa première venue dans la Sarthe. Propulsion hybride comme son nom l’indique, avec V6 turbo essence de 2,4L, qui développe également autour de 1000 ch. En 2018, Fernando Alonso, qui rêve aussi de la triple couronne, gagne les 24 Heures pour la 1ère fois, devenant le 5ème champion du Monde de Formule 1 à gagner au Mans. Les 10 voitures gagnantes de cette décennie sont exposées, toutes dans leur état en fin de course.

2020-2022

Dernière étape de la Grande exposition pour clôturer 100 ans d’histoire. En 2020, la Toyota TS050 HYBRID remporte sa 3ème victoire consécutive. Suite à l’épidémie de Covid, la course a été reportée en septembre, et s’est déroulée à huis clos pour la 1ère fois dans l’histoire. C’est également la troisième victoire consécutive pour les pilotes Sébastien Buemi et Kazuki Nakajima. En 2021, la nouvelle règlementation Hypercar, annoncée en 2018, remplace les habituelles LMP 1. Les voitures sont plus lourdes et moins puissantes, pour limiter les performances et les couts d’exploitation, afin d’attirer de nouveaux constructeurs. Ces derniers ont aussi plus de liberté dans la conception des voitures, avec ou sans système hybride, et l’esthétique des carrosseries peut reprendre l’identité visuelle des marques. Toyota continue sur sa lancée et gagne avec la toute nouvelle GR010 HYBRID (V6 Turbo de 3,5L, moteur hybride et plus de 900 ch. La GR010 HYBRID double la mise en 2022, amenant Toyota à 5 victoires consécutives, avec une concurrence en Hypercar encore limitée.

Mais pour l’édition 2023 du Centenaire, pas moins de 4 nouveaux constructeurs majeurs rejoignent Toyota et Glickenhaus (un producteur de cinéma américain fou de voitures et qui a créé son écurie et conçu sa voiture), avec notamment les retours tant attendus de Ferrari et Porsche, ainsi que Peugeot et Cadillac. D’autres sont annoncés pour 2024, notamment Alpine, ce qui laisse présager d’une belle dynamique pour le début du 2ème siècle de l’épreuve.

Après la Grande Exposition

Comme on s’en doute, après la clôture de la Grande Exposition du Centenaire le 2 juillet (fin du Mans Classic), de nombreuses voitures vont rejoindre leurs musées et collections. Toutefois, le Musée des 24 Heures est en discussion pour en conserver quelques-unes jusqu’à la fin de l’année. Ensuite, le Musée réouvre ses portes pour l’été le 14 juillet. La période de fermeture étant courte, la structure du musée restera similaire à celle de l’expo, notamment en ce qui concerne le parcours chronologique et la décoration. D’autre part, le musée dispose dans ses réserves de plusieurs autos qui ont participé, ou de modèles similaires, ou encore de quelques show-cars, des carrosseries identiques aux modèles de course mais non motorisés. Ces voitures vont reprendre place dans le musée, et donc globalement, au moins jusqu’à la fin de 2023, on aura donc comme une prolongation de la Grande Exposition. Les autres voitures historiques du musée qui ne sont pas liées à la course resteront en grande partie dans les réserves, en attendant sans doute l’agrandissement prévu pour fin 2024/début 2025.

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