Les Ennemis du « Drake »

MAUTO – Musée National de l’Automobile de Turin, Italie

Jusqu’au 11 Octobre 2026

L’exposition Il Nemici del Drake (les Ennemis du Drake), organisée par le MAUTO (Musée National de l’Automobile de Turin), aborde sous un angle original la Formule 1 des années 1960 à 1980, notamment à travers les écuries britanniques et la rivalité avec Ferrari. En effet, « Il Drake » est l’un des surnoms les plus célèbres d’Enzo Ferrari en Grande Bretagne. Ce surnom lui a été donné par ses rivaux anglais en référence à Francis Drake, un célèbre corsaire anglais réputé pour son audace, sa ténacité et son esprit combatif. Rappelons que de son coté, Enzo Ferrari qualifiait ses rivaux britanniques de « garagistes », par opposition à Ferrari qui était un « vrai » constructeur de voitures.

Pour aborder cette période de l’histoire de la Formule 1, rembobinons un peu le film. La FIA définit les règles de la Formule 1 à la fin des années 1940, et le premier Grand Prix officiel de ce nouveau Championnat du Monde a lieu à Silverstone le 13 mai 1950. Ce championnat ne concerne au départ que les pilotes, avant qu’une Coupe des Constructeurs ne soit créée en 1958, qui deviendra ensuite un Championnat du Monde. Les premières années, la F1 est dominée par les constructeurs historiques, Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Mercedes et la montée en puissance de Ferrari. Rapidement, des artisans anglais se lancent aussi dans la course, mais avec un succès limité au départ.

C’est au tournant des années 1960 que la F1 va prendre une « tournure » britannique avec l’émergence de nombreux constructeurs spécialisés : Brabham, BRM, Cooper, Lotus, Vanwall… Si quelques-uns comme BRM construisent aussi leurs moteurs, la plupart se concentrent sur le développement des châssis, entraînant plusieurs révolutions techniques ; le moteur passe en position centrale arrière, architecture que Ferrari mettra un moment à adopter (« Les chevaux tirent la charrette et ne la poussent pas », disait Enzo Ferrari). L’exposition s’ouvre sur la Ferrari 246 de 1958, propulsée par son excellent moteur V6 de 2,4 litres, mais toujours avec son moteur avant. 1958 verra la 1ère victoire d’une monoplace avec moteur central, et le premier titre constructeur remporté par le britannique Vanwall.

Peu à peu, la structure monocoque remplace les châssis tubulaires. Et en 1967, sous l’impulsion de Lotus et avec un financement de Ford, Cosworth présente son fameux V8 DFV. Puissant et fiable, largement diffusé, ce moteur équipera la plupart des châssis britanniques pendant une quinzaine d’années, permettant à de nombreux constructeurs anglais de se lancer en F1. C’est cette histoire que revisite l’exposition « Il Nemici del Drake » du Musée National de l’Automobile de Turin, avec 23 voitures de constructeurs comme Brabham, Cooper, Lotus, March, McLaren, Tyrrell ou Williams, mais aussi d’autres moins connu comme Arrows, Theodore ou Shadow.

Parmi les modèles exposés, on peut citer plusieurs Lotus innovantes, même si elles n’ont pas toutes connues le succès. La 56B dérivée d’une monoplace des 500 miles d’Indianapolis utilisait une turbine, tandis que la 88 exploitait un principe de double châssis en grande partie en fibre de carbone, et qui ne fut pas homologué par la FIA à la suite des réclamations des concurrents. Par contre, la 72 fut l’une des Lotus les plus réussies, introduisant un nez plongeant et les radiateurs latéraux, architecture encore en vigueur sur les F1 actuelles. Dans sa livrée JPS noir et or, la Lotus 72 est l’une des icones absolues de l’histoire de la F1.

Parmi les autres tentatives originales exposées, la March 2-4-0 reprenait l’idée des 6 roues de la Tyrrell P34, mais cette fois utilisait 4 roues arrières motrices. Faute de moyens financiers, March ne put jamais finaliser les tests de ce concept. Ce cycle historique se conclut par 2 F1 de la saison 1989. La McLaren MP4/5 domine largement la saison de F1 1989, permettant à McLaren de remporte le titre constructeur et à Alain Prost d’être sacré Champion du Monde. Après plusieurs années difficiles, Ferrari engage John Barnard pour la conception de ses F1. Mais comme ce dernier refuse de s’installer à Maranello, la Ferrari 640* est conçue en Angleterre, bouclant ainsi l’histoire de cette rivalité entre le « pirate » italien Ferrari et les « garagistes » britanniques.

En complément des voitures, l’exposition présente un exemplaire du V8 Cosworth DFV, ainsi que 28 casques et 4 combinaisons de pilotes. L’exposition entremêle histoire du sport automobile et récits de ses icônes, explorant les tendances culturelles et stylistiques de la période dans des sections dédiées, avec une attention particulière accordée aux premières expériences de tournage télévisé à l’aide de voitures-caméras rudimentaires. L’apport des caméras a permis la diffusion des images et est à la base du développement mondial de la F1. Une sélection de 34 photographies de Rainer W. Schlegelmilch, connu sous le nom de « RWS » et considéré comme l’un des plus grands photographes de Formule 1 participent au récit de cette période bouleversement et de développement de la Formule 1.

Affiches et programmes des courses, un par année de 1958 à 1988, chacun provenant d’un Grand Prix différent organisé sur les cinq continents ajoutent à la décoration de l’exposition.

* La Ferrari 640 est exposée jusqu’au 8 septembre dans le cadre de l’exposition Monaco et l’Automobile, de 1893 à nos jours au Grimaldi Forum de Monte-Carlo.

Les photos de cette page appartiennent au Musée National de l’Automobile de Turin, aucun droit de reproduction sans l’autorisation expresse du musée.