Les coulisses des 24 Heures du Mans 2026

10 au 14 juin 2026

Les 24 Heures du Mans 2026 ont été un immense succès populaire, avec plus de 350 000 spectateurs. Et ils n’ont pas été déçus par la course, avec un suspense littéralement jusqu’au dernier tour, et moins de 11 secondes entre le premier et le deuxième à l’arrivée, après 24 heures de sprint intense. Mais je ne vais pas vous refaire la course, elle a déjà été largement commentée et analysée par la presse spécialisée. On parle moins des coulisses et c’est ce que je vais essayer de vous faire découvrir dans cet article. Car si la course des 24 Heures du Mans dure effectivement 24 heures, l’évènement s’étale sur une dizaine de jours, entre les vérifications, les animations, les essais, les qualifications et les courses.

Les courses, car au-delà des 24 Heures qui sont l’épreuve phare, plusieurs courses dites « support » animent le circuit dans un planning très serré, avec seulement quelques minutes de battement entre 2 sessions. Et pour faire vivre cet évènement aux 350 000 spectateurs, c’est une véritable ville qui se met en place dans l’enceinte du circuit et autour. La particularité du circuit des 24 Heures est d’emprunter une partie de routes publiques ou de portions situées dans le domaine public (contrairement au circuit permanent « Bugatti »), ce qui implique une logistique complexe puisque beaucoup de spectateurs rentrent et sortent plusieurs fois par jour du domaine de la course. D’autre part, avec plus de 13 km, le circuit est exceptionnellement long, ce qui implique de décupler les postes de contrôle (commissaires de course, personnel médical…).

Ainsi rien que pour l’ACO (Automobile Club de l’Ouest, organisateur de la course) ce ne sont pas moins de 250 salariés plus de 2000 bénévoles qui sont mobilisés (dont 1963 commissaires de piste !). Et comme il faut nourrir et abreuver ce public, le transporter, assurer l’entretien et le nettoyage, lui proposer un choix de souvenirs et une grande variété d’animations, l’informer… ce sont encore quelques milliers de personnes qui sont à l’œuvre. Le mercredi et le jeudi avant la course, le circuit est ouvert de 8h à 2h du matin (le lendemain), et ouvert non-stop du vendredi 8h au dimanche 18h !

J’ai rapidement mentionné plus haut les courses dites « support », organisées pendant la semaine, et qui concernaient cette année le Ferrari Challenge couru sur des Ferrari 296 Challenge (286 GTB très évoluée sur le plan aéro et mécanique, notamment sans la partie hybride de la voiture de série), la Porsche Carrera Cup édition brésilienne (Porsche 911 GT3 Cup), la série « Road To Le Mans » qui met aux prises des prototypes LMP3 (moins puissants et moins complexes que les LMP2) et des GT3. Cette série permet à des équipes et des pilotes de mettre un pied dans le monde de l’endurance, avec éventuellement le but de pouvoir ensuite « monter » vers le Championnat du Monde.

Avec essais libres, qualifications et courses, cela offre un riche programme sur la piste et l’opportunité pour les participants de rouler sur le « grand » circuit du Mans, ouvert seulement 2 fois dans l’année, pour les 24 Heures et Le Mans Classic.

Plusieurs semaines avant la course, les équipes commencent à monter les énormes structures éphémères destinées à accueillir leur personnel et leurs invités durant la semaine de course. Certaines ont pour base les motorhomes géants qui vont de circuit en circuit, télescopiques aussi bien en hauteur qu’en largeur, d’autres sont construites à partir de modules préfabriqués. D’autres structures, accolées au grand bâtiment des stands, servent à stocker les pièces de rechange (carrosserie, mécanique…) et de zones de travail pour les ingénieurs et mécaniciens.

Pour les participants aux courses « support », le paddock est plus simple, une grande tente qui permet le travail des mécanos sur les voitures, et un camion atelier pour les mieux lotis. Si les paddocks des équipes des 24 heures ne sont pas accessibles au public, la zone réservée aux équipes des autres courses est ouverte et permet de voir les entrailles des autos et le travail des mécaniciens. Dans tous les cas, c’est une véritable ruche et l’activité y est incessante.

Le Mans est pour les constructeurs qui y participent l’opportunité d’inviter leurs clients, mais aussi de montrer leurs modèles phares, souvent à coté de leurs voitures de course. Je passerai ici sous silence les berlines et SUV 100% électrique qui fleurissaient sur certains stands. Les constructeurs étaient présents sur 2 zones principales, le Village Constructeurs » au cœur du circuit, et une zone près du circuit de karting où sont montés les réceptifs.

Sur son stand du village Constructeurs, Porsche expose 2 extrêmes, une 356 SL et une 911 GT3 RS 2026. La 356 SL est la première Porsche destinée à la compétition. Sa carrosserie en aluminium allège la voiture de 120 kg (d’où le suffixe Sport Leicht – Sport Léger). La 356 SL est engagée au Mans en 1951, et le modèle exposé a gagné le rallye marathon Liège-Rome-Liège en 1952. A l’autre extrême, la 911 GT3 RS est la version de route la plus sportive de la gamme actuelle. Mais Porsche disposant d’une structure permanente au Mans (l’un de ses 10 Porsche Experience Center du monde), c’est là que la marque fête 75 ans de sport automobile avec plusieurs modèles marquants. C’est là qu’une autre 356 SL est présentée, celle qui a effectivement couru les 24 Heures 1951 et remporté la victoire dans sa classe. S’y ajoutent (entre autres) une 935 Turbo reconnaissable à son capot avant aplati, une 961 dérivée de la supercar 959, et enfin une 919 Hybrid, dernière Porsche victorieuse au Mans avec 3 titres 2015, 2016 et 2017.

Toyota avait choisi de rappeler sa longue histoire au Mans avec la GT-One (ou TS020) qui courut à la fin des années 1990, ainsi que 2 moteurs, celui de cette GT-One et celui de la TS050 Hybrid, victorieuse en 2018, 2019 et 2020. A côté de sa M Hybrid V8 qui brillait sur la piste, BMW exposait quelques modèles de la gamme M, dont une spectaculaire M2 revue avec un kit M Performance. Pour rester dans les Hypercars, Total Energies présentait les 2 françaises, Alpine 424 et Peugeot 9X8, tandis que Michelin exposait la Ferrari 499P tenante du titre au Mans après 3 victoires consécutives entre 2023 et 2025.

A110 actuelle chez Alpine, il faut en profiter avant de basculer sur les électrons, et GT 40 chez Ford. Ford qui exposait aussi devant son « hospitalité » une Ford GT MkIV revue par Ford Racing et une Mustang GT3. McLaren avait aussi 2 espaces, un dans le village avec une M6A, première McLaren de course qui a remporté les championnats CanAm dans les années 1960, et une 750S, supercar de 750 chevaux.

Devant le grand réceptif Aston Martin, le SUV DBX, mais surtout une DB12S et une Valkyrie LM, série très limitée directement dérivée de la Valkyrie Hypercar, toutes dans le même vert que l’hypercar en piste. Ferrari avait construit une sorte d’immense camp retranché à l’écart des autres zones, et tout au loin, on y apercevait la Luce. Pas vraiment mise en lumière !

Depuis plusieurs années maintenant, l’ACO a entamé une démarche de décarbonation de la compétition, poursuivant l’esprit des 24 Heures du Mans, innover, explorer de nouvelles orientations techniques, les soumettre à l’épreuve de la compétition pour aider à les faire émerger dans la production. Pour une course d’endurance, les voitures à batterie ne semblant pas une solution viable, l’ACO s’est tourné vers l’hydrogène. Chaque année, on peut ainsi voir les progrès réalisés, à la fois dans une zone de présentation et sur la piste avec plusieurs démonstrations.

L’objectif affiché par l’ACO lors de sa conférence de presse officielle est une arrivée de voitures à hydrogène dans la catégorie Hypercar dès 2030. L’un des intérêts de l’hydrogène est de pouvoir alimenter des moteurs thermiques classiques (après adaptation évidemment) et ainsi conserver l’un des éléments essentiels de la course automobile (le bruit !). le public découvrait 2 concepts qu’on verrait bien au départ, l’Alpine Alpenglow HY6 et Mission H24 d’une course (d’ailleurs H24 a déjà participé à des courses).

Toyota, très impliqué dans cette technologie, présentait un stand complet et différentes solutions, notamment avec un camion et un bus. Et pour aller encore plus loin dans la mobilité, la startup toulousaine Blue Spirit Aero exposait son prototype d’avion école avec moteurs électriques et carburant hydrogène.

Les organisateurs avaient prévu plusieurs fan zones réparties au sein du circuit, offrant points de restauration et buvettes, tables, écrans géants pour suivre la course, jeux et stands de partenaires. Mentionnons notamment la zone « Family » où gendarmerie, armée et pompiers présentaient leurs activités avec plusieurs véhicules : transport de troupe blindé, Peugeot 404 et camion pompier, une Alpine A310 de la Gendarmerie Nationale (entourée des différentes générations de radars).

C’est aussi dans cette zone que le public pouvait découvrir les 4 finalistes français du Hot Wheels Legends, 4 engins spectaculaires, et voter pour celui qui sera qualifié pour la grande finale.

Outre les essais et les courses sur la piste, les animations ne manquent pas et il est difficle de s’ennuyer quand on passe plusieurs jours sur le circuit. Il y a bien sur le musée M24 qui vient de rouvrir et qui a d’ailleurs attiré de nombreux spectateurs, d’autant que l’entré était comprise dans les billets semaine et weekend. L’une des animations les plus appréciées du public est l’ouverture de la piste dans son intégralité le vendredi après-midi. Si parcourir les 13 km en marchant risque d’être long, certains le font en courant, une bonne séance de running d’autant qu’il y a quand même quelques dénivelés, mais beaucoup préfèrent le vélo ou le roller.

C’est aussi l’opportunité de passer par la pitlane, sur laquelle la plupart des stands sont ouverts, et de voir (ou d’essayer de voir) les mécanos à l’œuvre sur les voitures des différentes catégories. On constate alors que si le vendredi est supposé être une journée de repos pour les équipes, l’activité continue : les voitures sont démontées, nettoyées, vérifiées pour être au top pour la longue course qui les attend.

L’association Virage de Mulsanne profite de la piste ouverte pour organiser son rassemblement de véhicules de collection et de prestige. Au virage, en amont sur les Hunaudières et en aval sur la portion Mulsanne Arnage, plusieurs centaines de voitures sont exposées par leurs propriétaires : Porsche, Ferrari, Corvette, Alpine, Lotus… mais aussi des anglaises plus rares, TVR ou Reliant Scimitar, ou ou des voitures plus exotiques comme des Excalibur.

Chaque soir, à partir de 20h, place à la musique dans la zone concert avec un programme éclectique. Et le samedi à minuit, c’est le traditionnel feu d’artifice, couplé depuis quelques années avec un impressionnant spectacle de drones. Plusieurs centaines de drones s’illuminent et bougent pour former des figures en rapport avec Le Mans : voitures, trophée, pilotes…

Une chose est sûre, au Mans, vous ne mourrez ni de faim ni de soif. Les lieux de restauration et bars sont (très) nombreux et répartis sur toute la zone du circuit. Il y en a pour tous les styles, toutes les envies… Brasserie, burger, crêpes, pizzas, huitres, hot-dogs, glaces… et toutes les soifs, et la bière coule à flots ! Mais on peut aussi préférer cocktails et champagne au bar à champagne, sable fin, confortablement installés dans les fauteuils et transats. Dans certains endroits, orchestre et DJ peinent à couvrir le chant des voitures sur la piste.

On ne vient pas aux 24 Heures du Mans sans repartir avec un (ou des) souvenirs, et là aussi les boutiques sont nombreuses. L’ACO installe plusieurs points de vente, dont une très grande boutique au cœur du village qui ne désemplit pas. Plusieurs marques proposent des objets de merchandising, et à défaut de pouvoir s’offrir la dernière Ferrari, Tee-shirts, polos et casquettes sont une solution de repli. Pour élargir le choix, quelques artistes officiels des 24 Heures du Mans proposent des œuvres sur la thématique de la course, à côté d’artisans d’art ou de marques d’horlogerie.

Et si vous trouvez que le bruit est trop fort, plusieurs stands vendent casques et bouchons d’oreilles, tandis que d’autres vendent des batteries de recharge et offrent la recharge de votre smartphone. Parmi les nombreux services proposés, citons un service gratuit de navettes qui permet de rejoindre tous les points du circuit, très utile compte tenu de la longueur du circuit. D’autant que de nombreuses routes sont fermées à la circulation, ce qui impose de grands détours pour aller d’un point à un autre.

Avec des écrans géants répartis sur tout le parcours, les spectateurs ne perdent pas une miette du spectacle, accompagnés pendant toute la course du speaker officiel. Et pendant tout ce temps, la salle de presse, l’une des plus grandes pour un circuit automobile, fournit tous les services permettant aux nombreux journalistes, photographes, représentants des médias d’informer en temps réel leurs lecteurs durant toute la semaine. Évènement mondial, les 24 Heures du Mans accueillent ainsi plus de 1100 médias du monde entier pour couvrir la course et ses à-côtés au plus près.

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